16 janvier 2008
En écho au livre
Un petit texte qui traîte d'un thème abordé dans le livre de mon ami. Ce texte date de 2004, ce fut pour moi comme un défouloir :
DELICIEUSE VENGEANCE
"Dos au panier de basket, puni par mes compagnons de jeu, je me sens mortifié. Grotesque. Gros.
Gr... j'ai raté mon entrée dans le clan. Je ne ferai pas partie du cercle. Rendez-vous manqué avec l'Histoire. Avec mon histoire. Une ou deux passes imprécises, un tir au panier manqué... si peu de choses ont suffi à m'isoler. Me ridiculiser, m'amoindrir. Toute tentative d'explication serait vaine. Je n'ai pas mon mot à dire. Je dois expier ma faute dans le mutisme. Baillonné... et mis au piquet. Renvoyé sur la ligne de touche par les autres joueurs. La justification de cette attitude est évidente : c'est que j'ai fait étalage de ma faiblesse. J'ai failli dans la dissimulation de mes limites. Je suis imparfait. Handicapé presque... un tronqué de la performance.
Dans l'exécution de ma sentence je tourne le dos au jeu et aux joueurs. Je n'ose croiser leur regard. Il doit être plein de ce qui me fait frémir. Certaines pupilles suintent probablement le mépris. D'autres l'embarras. Les dernières la pitié... le pire. Même s'ils m'ignorent, je devine l'éclat dans leurs yeux. Il est couleur condescendance : noir de mépris, marron d'indifférence ou gris d'oubli. Je cesse d'être un ami potentiel. Je redeviens le garçon gauche et gênant. Un boulet dans la cotation de leur popularité. Image démarque. Le timide trouillard terrifié.
Je ferme les yeux pour chasser ces visions d'humiliation. Il faut que je me calme pour éviter la crise de larmes. Je dois maîtriser la cataracte de mon chagrin, éviter que la poche des eaux ne se rompe une seconde fois. Canaliser la chute. Pleurer, ce serait l'apothéose de la honte, le triomphe de la médiocrité. Je tente de trouver refuge dans un coin de ma tête et de m'apaiser par la force de la volonté, la supériorité de l'esprit. Contrôler mon affectif. Oublier que je peux ressentir, pour n'être qu'une implacable logique. Je m'efforce de faire abstraction de ce qui m'entoure... bruits, mouvements, sifflets, rebonds de la balle, et ce maudit terrain...
Je m'imagine dans mon antre : ma chambre. Mon domaine. Là, je fixe les règles. Dans cette intimité retrouvée, je savoure mon imminente vengeance. Toute faute mérite punition. Ils n'auraient pas du me rejeter... ils vont me le payer. Impitoyable rancune.
Les yeux clos, je me coupe du monde rationnel. Ma raison me quitte, éblouie par la haine bourdonnante. Peu à peu mon indulgence se fige. Refoulée, elle devient prisonnière de mon aveuglement. Prise dans les filets de la folie. Rejetée dans l'inconscience. La violence monte en moi. Je sens la sève de la colère affluer de tous mes membres vers le haut de mon corps. Mon coeur est pris de frénésie. Dopé à l'adrénaline, il bouillonne, presque noyé dans l'excitant. Il insuffle une énergie nouvelle à ma personne. Palpitations de délire. Je suis submergé par une vague de brutalité. Les synapses de mon cerveau sont agitées de soubresauts, mes neurones deviennent des furies. Je suis atteint de la démence de l'outragé. La chrysalide du déficient se rompt pour offrir la vie à un insecte dévastateur.
Malgré mon calme apparent, ma rage transforme les affreux en minuscules personnages. D'humains arrogants ils se métamorphosent en ridicules Playmobils. J'ai rétréci les Goliaths. J'ai renversé l'ordre des choses. J'ai maté l'autorité, dompté le dominant. Le sort de ces idiots dépend de mon caprice. Aliénation totale de mon humanité. Aliénation provoquée. Aliénation assumée. Je ne suis plus que fureur. Je ne peux faire preuve de mansuétude. Pas après ce qu'ils m'ont fait.
Je les jette dans le tiroir de ma table de nuit et les enferme à double tour. Les parois de bois du tiroir sont leur Nouvel Alcatraz. Ils se cognent impuissants contre les murs infranchissables et étouffants. Ils n'ont pour unique couverture qu'un mouchoir jetable utilisé. Un strepsil leur servira de repas. Attention danger : mon baume pour les lèvres devient un sable mouvant périlleux et gras. Mon livre de chevet un rouleau compresseur. « L'Arrangement » d'Elia Kazan... j'aurais du choisir « la Métamorphose » de Kafka... la Transmutation... nouveau titre. Conte moral dont je suis l'auteur. La leçon à en tirer ? 'Faut pas faire chier l'embarrassé, un jour il risque de se rebiffer.
Je me délecte de leur souffrance. Je ne me lasse pas de les voir gesticuler dans tous les sens. Shootés par l'effroi... ils ne passeront pas le contrôle antidopage. Ils sont drogués au stress. Leur ballon est une feuille de cahier chiffonnée. Ils tentent d'ouvrir leur prison en bombardant à tord et à travers le trou de la serrure avec leur obus de papier. Mais rien à faire. Le loquet ne veut pas céder. A leur échelle, c'est un pont-levis remonté. Un tronc d'arbre n'y suffirait pas. Ce qui n'est encore qu'un jeu de balle deviendra, c'est certain, un jeu de râles. Une cacophonie de la panique. Un charivari du désespoir. Ils sont totalement dépendants de la sphère en pâte de bois. Leur instrument d'oppression devient la seule clef potentielle de leur salut. De la rondeur pour lame salvatrice. Un ballon pour leur rédemption...
Mais ils manient la balle comme la vie. Sans nuance. Sans respect. Sans expertise. Je les observe répéter désespérément et invariablement les mêmes gestes : tirs tendus vers le mécanisme du verrou, signes d'impatience au lanceur malheureux, violence à peine contenue par celui qui s'accapare la balle, punition gestuelle et vexante à l'adresse du recalé par les autres candidats au saccage de la serrure. L'esprit d'équipe s'est ratatiné avec la perte de leur stature humaine. Rétrécissement de la solidarité frimeuse qui faisait leur force de pacotille.
Ils répètent désespérément et invariablement les mêmes gestes... les mêmes que quand marquer des paniers n'était qu'un jeu. N'aurait du être qu'un jeu. Les mêmes que quand ils m'ont fait comprendre que je n'étais pas digne d'eux. Un signe désinvolte de la main pour me signifier mon expulsion. Ma condamnation sans appel. Mon arrêt de mort. Les mêmes que quand ils m'ont obligé à délaisser la raison pour sombrer dans la névrose. Abandon forcé de mon humanité. Renonciation satanique. Capitulation perverse... je ne désire pas faire marche arrière. Le taré a gommé l'effacé... mon étrange pouvoir m'hypnotise.
Je jubile de les voir constater leur impuissance avec ce qui faisait auparavant leur force. De maîtres ils sont devenus pantins. Des marionnettes dépendantes de qui daignera agiter leurs ficelles. Je suis un Gargamelle goulu de Guignol. J'ai fait de mes tortionnaires mon jouet secret. Une toupie condamnée à tournicoter. Moi-même privé de jeu, je leur impose une partie de balle éternelle. Régression fantastique vers la petite enfance : je suis le psychotique assoiffé de ludique. Je choisis la récréation infinie. Mon divertissement ne peut souffrir de pause. C'est la dictature de l'amusement. Féroce fantasme du fou qui focalise son fiel sur ces faméliques fourbes...
Je suis le Grand Bourreau. Le Décideur. Par le pouvoir du cadenas chevêtal, je détiens la force toute puissante... je suis l'égal du Créateur. Je fais justice sur la Terre. Jouissif ! Les ridicules Stroumpfs ne peuvent qu'implorer ma pitié. Supplier ma sensibilité. Éveiller ma bonté. Ils n'ont pas d'autres espoir de salut. Pour une fois c'est eux qui sont soumis à mon bon vouloir. Ils sont dépendants de ma clémence. JE décide qui doit vivre ou mourir.
Et les oublier là, c'est ce qui me fait revivre."
Commentaires
Je viens de voyager dans le temps, à des années lumières de ma vie de maman et d'épouse.
On ne peut oublier la force incroyable des émotions qui nous envahissent et nous submergent.
Mes pensées en vrac :
Tu parles au masculin ?
Que c'est il passé ce jour là pour tu ai tant de colère et d'envie de vengence ?
Tu doutes de ta capacité à écrire ?
Pourquoi nous faire lire ce texte maintenant, juste aprés nous avoir parlé de ton ami...
N'y a t'il pas une remise en question en ce qui concerne ton envie de rester à la maison Anne ?
T'es pas obligée de me répondre.
Un énorme bisous
Ta fidèle lectrice.
REPONSE
Non pas de question par rapport au fait de rester à la maison !
Ce texte date, il a 4 ans, et en fait, cela m'a amusée quand j'ai lu le livre de mon ami : le thème de la frustration à la gym est omniprésent,
alors ça m'a fait penser à mon texte !!! MDr !
et ce texte ne fait pas référence à un jou p articulier, je n'étais pas mauvaise en sport !
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